(par Christian Grossan)

 

LES PREMIERS SKIEURS

Il est difficile de dater l'apparition de la pratique occasionnelle du ski à Ceillac.

Au début du 20 ème siècle, quand la neige la surprenait à la Cime du Mélézet, où on gardait les animaux de la ferme jusqu'à la Noël pour qu'ils consomment sur place le foin engrangé à cet effet dans le chalet d'alpage, ma grand-mère descendait au village sur des skis sommaires, la lourde robe de drap touchant la neige. Pour remonter elle marchait au pied des pentes exposées au soleil…

Les jeunes du village qui effectuaient leur service militaire dans l'infanterie alpine ou les chasseurs alpins étaient également initiés à la pratique du ski. C'était alors un moyen de locomotion et pas une activité sportive. Encore moins de loisirs.

C'est après la première guerre mondiale que dans les unités de montagne, les militaires ont été vraiment initiés au ski et à la compétition à ski.


Militaires à l'entraînement à Névache

 

LES DÉBUTS DU SKI, SPORT D'HIVER

Célestin FOURNIER et Jean FAVIER ont été, de ce fait, les précurseurs de cette discipline à CEILLAC, jusqu'à participer aux championnats de France militaires.

Ils ont alors fait des émules. Le dimanche après-midi, les jeunes s'adonnent à ce sport nouveau avec un équipement rudimentaire.

Mais pour descendre une pente, il faut d'abord l'avoir gravie, "en canard" ou "en escalier" ou skis au dos….


Jean Favier, un des pionniers du ski à Ceillac.

Fil neige à Lourette.

Et lorsque, après les inondations de juin 1957, l'hebdomadaire ELLE offre deux fils neige à la commune et une paire de ski à tous les enfants, il y a déjà quelques skieurs confirmés.

Célestin et Joseph FOURNIER font fonctionner avec Célestin GROSSAN ces deux remontées mécaniques utilisées, pour l'essentiel, par les pensionnaires de l'hôtel Les Mélèzes (membres du Touring Club de France puis élèves des classes de neige) qui est dans les faits l'exploitant de ces deux fils neige implantés à l'ubac de ville en 1958.

Etienne SIMON qui s'est formé sur le tas et Jean-Emile FOURNIER le premier diplômé sont les "moniteurs".

A l'initiative d'Alfred MOYRAND, est créée en 1962, la société pour l'aménagement et l'équipement Touristique de Ceillac qui regroupe 10 actionnaires locaux. Elle construit, sur les pentes de Rouit, un premier téléski.


Téléski de Rouit

En 1964, elle complète cet aménagement par la construction du téléski du Mélézet.

 

CRÉATION DE LA STATION

Lorsque Philippe LAMOUR, élu maire de CEILLAC en 1965, entreprend de lancer un programme plus ambitieux, c'est la commune qui construit en 1967 le télésiège de Girardin et le téléski de Sainte-Anne, puis en 1969, le télésiège et le téléski de Bramousse.

Philippe Lamour, créateur de la station de Ceillac.

 

Cet équipement sera complété en 1983 par le téléski de Praloupet construit sous l'égide du Syndicat intercommunal.


Départ du télésiège, accessible en voiture...

Arrivée du télésiège.

Un certain nombre de jeunes du village qui ont appris à skier et obtenu les diplômes de moniteurs dans d'autres stations plus importantes et plus anciennes peuvent alors revenir à CEILLAC où Célestin FOURNIER, "Tintin", crée en 1968 l'École de Ski Français de CEILLAC qu'il dirigera jusqu'en 1978 date à laquelle Jean-Claude CARLE lui succède. Il est toujours directeur de l'ESF.

Pour ce qui concerne l'exploitation des remontées mécaniques de CEILLAC, elle est d'abord assurée localement avant que Philippe LAMOUR, qui a déjà fédéré les communes du QUEYRAS au sein d'un Syndicat Intercommunal à Vocation Multiples et créé la Société d'Intérêt Collectif par l'aménagement du QUEYRAS, communément appelé "Sica Habitat", ne prenne l'initiative de transférer au Syndicat Intercommunal la compétence de la construction et de l'exploitation des remontées construites et gérées par les communes et ne créé la Sica-Sport pour en assurer la gestion au nom et pour le compte dudit Syndicat.

La Sica Sport remet au syndicat les résultats de l'exploitation lequel décide du réemploi et de l'utilisation des moyens aussi dégagés. De 1971 à 1984 la Sica Sport sera dirigée avec autorité par Alfred MOYRAND.

Sous son égide, une organisation véritablement intercommunale et aussi, en quelque sorte, supra communale est mise en place qui permet de compléter le Parc des remontées mécaniques qui concerne alors les huit communes de : ABRIES, AIGUILLES, ARVIEUX, CEILLAC, CHÂTEAU-VILLE-VIEILLE, MOLINES, RISTOLAS et SAINT-VERAN.

 

LA SEM REMPLACE LA SICA

A la Sica Sports, dont les évolutions réglementaires ne permettent plus d'assurer cette mission, est alors substituée en 1984 une Société d'Économie Mixte, dont le capital est essentiellement détenu par les collectivités publiques, le SIVM étant lui-même remplacé dans ses missions et compétences par un District de communes.

La présidence de la SEM sera successivement assurée par René Vincent, Michel Siméon, Célestin Fournier et Florent Gaiffe.

La SEM connaîtra elle-même diverses évolutions, notamment au niveau de son capital social.

Les relations entre le district et la SEM sont formalisées par une convention qui, prévoit, de façon très schématique, que le district met à la disposition de la SEM, sous forme de location vente, les équipements existants, moyennant le versement d'une indemnité annuelle, la SEM assurant la charge du financement des investissements nouveaux et bien sûr celle de l'exploitation et de l'entretien du Parc des remontées préexistantes. Cette convention, d'une durée de 18 années est intervenue en  1991.

Des difficultés étant apparues, le district devenu depuis Communauté de Communes a dénoncé  de façon unilatérale la convention le liant à la SEM en 2001 et créé une régie Queyras Ski pour l'exploitation des équipements de ski alpin à laquelle a également été confié le domaine nordique.

Un contentieux est en cours : déboutée en première instance par le Tribunal Administratif de Marseille, la SEM a fait appel du jugement rendu en juin 2007.

Si dans le cadre de "contrats d'objectifs" puis de "contrats montagne" co-financés par l'Etat, l'Union européenne, la région et le conseil général des travaux de modernisation  ont été réalisés durant cette période  qui a vu aussi la réalisation des premiers équipements de neige de culture, les interventions les plus significatives ont concerné le démantèlement du télésiège de Bramousse à Ceillac et du téleski  de Jamberoute à Arvieux.

 

RENOUVEAU DES ÉQUIPEMENTS

Confrontée à l'impérieuse nécessité de remplacer des équipements obsolètes menacés de fermeture et dans l'impossibilité d'en assurer la charge, la Communauté de Communes s'est alors tournée vers le Conseil Général qui a proposé la création d'un Syndicat Mixte en charge de la définition, de la mise en œuvre et du financement d'un programme de restructuration du ski alpin dans le Queyras.

Le Syndicat Mixte créé et présidé par Alain BAYROU en 2003 s'est alors fixé l'objectif de parvenir à terme à la modernisation et à l'exploitation de quatre pôles (vallée d'Arvieux, vallée du Cristillan, vallée des Aygues et Haut Guil) en lieu et place des huit stations villages existantes.

Ce programme de restructuration devait être soutenu par une réorganisation de la commercialisation des produits touristiques et un accroissement de la capacité d'accueil en lits banalisés.

En 2005, le Syndicat Mixte a engagé  à Ceillac un programme de travaux de 8 millions d'€uros, qui ont été financés à 70% par le Conseil Général. Il  porte sur  le remplacement  du télésiège de Girardin  qui avait plus de 40 ans  et des remontées du front de neige  et la création d'un réseau d'enneigement performant.


Nouveaux télésiège et téléskis construits en 2005.


Réserve collinaire de 19700 m3 destinée à l'enneigement artificiel.

Des travaux de même nature sont réalisés à Abries  l'année suivante. Un programme important est en cours sur Molines-Saint-Véran. Après ce sera Arvieux.

Le téleski de Bramousse a été déposé par les soins de la commune de Ceillac en 2008.

Le syndicat mixte pour sa part a procédé au démantèlement des téleskis de Château-Ville-Vieille et du télésiège de Peynin à Aiguilles.

 

TRANSMONTAGNE

Au terme d'une procédure de délégation de Services Publics, l'exploitation des remontées mécaniques du Queyras a été confiée par le syndicat Mixte que préside depuis 2004 Jean-Claude CATALA, Conseiller Général du canton d'Aiguilles, au groupe Transmontagne, qui, après deux années de gestion – ce groupe exploitait de nombreux sites de ski en France et en Italie - a été mis en liquidation judiciaire, avec les conséquences qu'on imagine pour le Syndicat Mixte d'abord mais aussi pour différents fournisseurs et prestataires locaux.

Le Syndicat Mixte n'a pas eu d'autre alternative que de réactiver la régie préexistante, aujourd'hui présidé par Dominique ALLAIS.

Ainsi donc désormais le Syndicat Mixte des Stations de Montagne du Queyras qui réunit les huit communes et le Conseil Général des Hautes Alpes poursuit le programme de restructuration.

Ses statuts prévoient que les Communes concernées participent à hauteur de 10% au financement des investissements réalisés sur leur territoire.

Pour ce qui concerne le budget de fonctionnement du Syndicat Mixte la participation du Conseil Général est plafonnée à 10%.

 

UN ÉQUILIBRE DIFFICILE À ATTEINDRE

Pour ce qui concerne les relations Régie/Syndicat Mixte la convention prévoit que le Syndicat Mixte met à la disposition de la Régie  qui en assure l'exploitation les équipements de remontée mécanique et de production de neige de culture moyennant  une redevance annuelle  comportant une part fixe et une part proportionnelle au chiffre d'affaire réalisé.

Bien que les services comptables  tant de la SICA sports que de la SEM ou de la Régie  tiennent à jour des états de dépenses et de recettes par site les résultats globaux de l'exploitation ont toujours été très tendus quand ils n'étaient pas négatifs.  Si l'exploitation du site de Ceillac, comme de celui d'Arvieux, n'a pas généré de déficits depuis 40 ans, elle a bénéficié des économies d'échelle que permettait une gestion commune et le budget de la  commune comme  le chiffre d'affaire de la  station  n'auraient pas permis d'envisager  les investissements évoqués plus haut en dehors d'une démarche collective soutenue financièrement par des subventions publiques.

Les changements climatiques, l'évolution des pratiques sportives et des attentes de la clientèle, la crise économique dont les effets se feront sentir longtemps encore  et la raréfaction de l'argent public  font un devoir aux responsables des stations d'optimiser  leur exploitation en maîtrisant mieux les charges, en développant la commercialisation, en amélioration l'accueil dans tous les domaines, en diversifiant l'offre, en  investissant de manière plus sélective encore et, dans un Parc naturel régional, en portant un soin particulier et de tous les instants à la préservation du patrimoine naturel, du bâti traditionnel et des paysages.