LA VIE AU TEMPS

DE

NOS GRANDS-PARENTS


Nous avons interrogé Pierre Grossan, ancien du village, sur la vie d'autrefois à Ceillac. Vous trouverez, ci-dessous, ses réponses à nos questions avec quelques illustrations que nous avons réalisées.

Anaïs, Charline, Jonathan, Julie et Thibaut.

 

Thèmes traités : alimentation ~ se soigner ~ hygiène ~ se déplacer ~ se chauffer ~ s'informer ~ s'habiller ~ travailler ~ l'hiver ~ l'école ~ les loisirs ~ divers

 

L'ALIMENTATION

· De quoi était composé le menu quotidien ?

Le matin : Café au lait avec un sucre ou deux, pain (émietté au taille-pain, du fait de sa dureté, le pain étant cuit 2 fois l'an).

Le midi : Il y avait un plat, de pommes de terre le plus souvent, accompagnées éventuellement (le dimanche) de viande de porc (chaque famille tuait, chaque année, 2 cochons) ou de mouton (bête blessée ou malade).

L'on pouvait manger aussi le matefaim, des œufs (durs, à la coque, une omelette par semaine). Il y avait peu de légumes verts (pois, haricots) mais plutôt des légumes secs (fèves ...).

Le soir : En fin d'après-midi, c'était le café au lait. Le soir, le repas se composait d'une soupe et de pain, accompagnés de fromage (après la seconde guerre).

L'on buvait de l'eau essentiellement avec un verre de vin de temps à autre.

 

SE SOIGNER

· Y avait-il un médecin à Ceillac ?

Non, le médecin venait de Guillestre.

 

· Comment prévenait-on le médecin ? Les ceillaquins y faisaient-ils souvent appel ?

On le prévenait par téléphone (Il y avait une "cabine" à Ceillac, à proximité de l'épicerie). On l'appelait seulement pour les cas importants. Le plus souvent, les familles se groupaient (à 4 ou 5) pour le faire monter. Qui plus est, il n'y avait pas de sécurité sociale et les visites n'étaient pas remboursées.

Le médecin montait généralement en voiture jusqu'à Laval puis finissait son parcours à pied (y compris l'hiver).

 

L'HYGIENE

· Comment procédait-on pour se laver ? (Où ? Avec quoi ? Avec quelle fréquence ?...)

Si l'hygiène n'était pas la même qu'aujourd'hui, les gens étaient propres. On se lavait le matin, dans une cuvette remplie d'eau de la fontaine, avec du savon (sauf pendant la guerre).

Tous les dimanches, c'était une grande toilette qui se déroulait dans l'écurie, par exemple (pas de lieu spécifique pour ce faire).

 

 

SE DEPLACER

· Comment les ceillaquins faisaient-ils pour aller à Guillestre ?

Ils y allaient le plus souvent à pied (la première voiture du village, appartenant à Jean Favier, date de 1933-1934).

Les jeunes utilisaient le vélo (à partir de 1930) mais devaient accrocher une branche au vélo dans les descentes pour économiser les freins et ralentir l'allure.

A cette époque, la route n'était pas goudronnée.

 

SE CHAUFFER

· Qu'utilisait-on pour se chauffer ?

On se chauffait au bois (poêle).

 

· Toutes les pièces étaient-elles chauffées ?

Non, seule la pièce de vie (cuisine avec un ou deux lits) était chauffée. Les chambres n'étaient jamais chauffées (l'eau y gelait parfois) et les enfants devaient parfois mettre des gants la nuit.

En hiver, les ceillaquins dormaient dans l'écurie (jusqu'en 1957-1958) pour bénéficier de la chaleur des bêtes.

 

S'INFORMER

· Comment était-on informé des nouvelles du pays et du monde ?

Quelques personnes étaient abonnées au journal (curé, instituteur ...). Parfois, l'on se regroupait à deux ou trois familles. Il n'y avait pas de télévision ni de radio (la première, à la sonorité très approximative ayant été celle d'un curé).

Les nouvelles importantes étaient transmises par téléphone par la gendarmerie.

 

S'HABILLER

· Comment les hommes étaient-ils habillés d'habitude ?

Les hommes portaient un pantalon de drap (tissu de laine fabriqué à Ceillac même) à même la peau (pas de sous-vêtements), une chemise de toile, un gilet de flanelle (l'hiver) et une veste en drap (les premiers pull-overs ont été portés après 57).

Ils étaient chaussés de chaussures de cuir cloutées et de galoches l'hiver (provenant de vieilles chaussures dont on récupérait la tige que l'on cloutait sur une semelle de bois).

Les semelles de caoutchouc sont apparues vers 47~48.

Le port du chapeau ou du béret était habituel.

 

· Comment les femmes étaient-elles habillées d'habitude ?

Les femmes portaient un robe de drap (avec un cotillon le dimanche) avec une veste et des bas de laine. Il était d'usage de porter la coiffe.

 

TRAVAILLER

· Quelles étaient les sources de revenus des ceillaquins ?

C'étaient les moutons (vendues à la Saint-Luc) et les vaches (lait). Durant une période, on a fabriqué , à Ceillac, du fromage (Pelvoux, camembert). Pour le lait, était organisé un ramassage par la société Nestlé, implantée à Gap.

 

· Y avait-il des tracteurs ?

Non, les premiers sont apparus vers 1964~1965.

 

L'HIVER

· Comment s'occupait-on l'hiver ?

Les bêtes demandaient beaucoup de travail (soins, nourriture ...). Il fallait fendre le bois pour le poêle, chercher l'eau à la fontaine (avec une brouette l'été, une luge l'hiver).

C'était la saison où l'on faisait des planches (scieurs de long), où certains fabriquaient des meubles ou des objets utiles sculptés. Les femmes, elles, tricotaient la laine qu'elles avaient filée avec un rouet.

 

· L'hiver était-il moins long ou plus long ? Etait-il plus ou moins froid ? Neigeait-il plus ou moins ?

Les hivers étaient très variables dans leur longueur et dans leur sévérité. Généralement, au mois de novembre, il y avait déjà une bonne couche de neige.

Comme il n'y avait pas de déneigement systématique, les hauteurs cumulées de neige pouvaient être très importantes dans le village. Parfois, il fallait faire des trouées dans la neige pour laisser passer la lumière. De même, on pouvait s'amuser à glisser du toit de la maison jusque dans la rue qui se trouvait surélevée de plusieurs mètres.

Le soir, on se groupait avec plusieurs familles pour la veillée dans l'écurie d'une maison. Les hommes discutaient et racontaient des histoires qui ainsi se pérennisaient. Les femmes, si elles voyaient assez clair (lampe à huile ou à la graisse de marmotte), tricotaient.

 

L'ECOLE

· A quel âge allait-on à l'école ? Jusqu'à quel âge y allait-on ?

On y allait à 5 ans jusqu'à l'âge de 12/13 ans. L'école commençait en octobre et s'achevait en juillet (certains enfants, devant garder les bêtes, n'y venaient que de novembre à avril).

D'une manière générale, tous les enfants, au sortir de l'école, savaient lire et écrire.

 

· Les garçons et les filles étaient-ils mélangés ?

Il y avait deux classes distinctes, celle des garçons et celle des filles, ce qui fait que les instituteurs avaient chacun tous les cours.

La tâche des maîtres était compliquée par le fait que les enfants parlaient patois ; il fallait donc d'abord leur apprendre à parler français.

 

· Qu'utilisait-on pour écrire ?

On utilisait une ardoise avec un crayon d'ardoise (ou un pierre jaune tendre que l'on trouvait à proximité du village). Les grands disposaient d'un cahier sur lequel ils écrivaient à l'encre avec une plume (Sergent Major...).

 

· Certains enfants avaient-ils des lunettes ?

Les lunettes étaient rares, ne serait-ce qu'en raison de leur coût. Qui plus est, il n'y avait pas de visite médicale pour dépister les problèmes de vue.

Les enfants qui voyaient mal étaient simplement placés près du tableau.

 

LES LOISIRS

· Que faisaient les ceillaquins le soir ?

Ils faisaient la veillée (cf hiver).

 

· Allaient-ils au cinéma ?

Non, c'est un curé du village qui, le premier, proposa une séance de cinéma.

 

· Est-ce qu'il y avait une station de ski ?

Non, les remontées mécaniques sont récentes (le premier fil neige date de 1960).

 

· Faisaient-ils du ski ?

Non, c'est venu assez tardivement. Les premières planches, très artisanales, étaient fabriquées en mélèze. On en courbait l'extrémité en chauffant le bois à la vapeur.

On montait à l'ubac, en espaliers ou en canard.

 

· Jouaient-ils de la musique ?

L'harmonica était l'instrument favori des ceillaquins. Malgré tout, certains jouaient de l'accordéon. Dans des temps plus reculés, c'est le violon et la flûte qui avaient la faveur des villageois.

 

· De quoi disposaient les enfants pour jouer ?

Les enfants n'avaient que peu de jouets. Ils organisaient des jeux : cache-cache, chat, palet, ronde, devinettes, luge, chansons...

 

· Les ceillaquins avaient-ils des vélos ?

Les premiers vélos sont apparus vers 1930.

 

DIVERS

· Y avait-il des pompiers ?

Non, en cas d'incendie, tout le monde mettait la main à la pâte, en faisant la chaîne avec des seaux et/ou en utilisant une pompe à bras.

 

· Quels étaient les prénoms les plus courants ?

Antoine, Pierre, Joseph, Sébastien, Célestin, Marie, Antoinette, Claudine, ...

 

· Y avait-il l'électricité ?

Non, la première turbine a été installée en 1929 (production pour une ampoule par famille). Sinon, on utilisait la lampe à pétrole, les luminaires (graisse ou huile + mèche) ou la bougie.

 

· Comment faisait-on pour laver le linge ?

Il était lavé dans le torrent, surtout pas dans la fontaine.

 

· Et pour conserver la nourriture ?

Elle était conservée à la cave, dans la grange (hiver) ou dans le sel.

 

· Et pour chauffer l'eau ?

Elle était chauffée sur le poêle (il y avait une marmite en permanence dessus).